NAITRE A LA TERRE ET NAITRE A LA VIE

Publié le par Tournys

Naître à la Terre et naître à la Vie

 

 

 

 « Vos enfants ne sont pas vos enfants,

Ils sont les fils et les filles de la Vie qui a soif de vivre encore et encore.

Ils voient le jour à travers vous mais non pas à partir de vous,

Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous. »

 

Khalil Gibran, Le Prophète.

 

 

 

     Nous ne saurions jamais apprécier assez le caractère précieux de l’existence humaine ! dans l’univers, les êtres humains sont en nombre très réduit ; il a fallu des milliards d’années du temps de la terre pour que la matière, se complexifiant sans cesse, produisent ce qui devrait être l’Humain, l’au-delà de l’animal... Par l’accès à la conscience qui n’est pas faite pour rester séparative, mais pour devenir la Conscience toute consciente de l’Unité du Tout, par le dépassement de l’instinct pour l’Intuition nourrie à la Source. La terre n’existe que pour lui  et par lui.

     Le Mouvement de la Roue des destins humains est en marche, inexorablement depuis le début des temps.

     Comment notre être essentiel devient-il sang, chair et os ? Comment prend-il corps dans le monde terrestre de la matière dense ?

    L’âme à désir d’incarnation.

     Un homme et une femme s’unissent, avec ou sans l’intention de manifester un nouvel être humain. La rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule donne naissance à un embryon qui, nourrit par le cordon ombilical maternel, ne cesse de multiplier ses cellules pour devenir fœtus. A terme, si tout se déroule selon le cycle naturel, l’expulsion hors de la matrice maternelle, intervient. Mais le petit d’homme ne sera pas viable ni autonome avant longtemps, alors que cette étape est parfois très rapide dans le règne animal.

     A ce niveau d’origine terrestre, cet enfant peut être le fruit de deux êtres qui s’aiment et veulent consciemment se projeter dans un enfant, désir le plus souvent compensatoire. Il peut être le fruit du pulsif de vie qui fait perdre toute raison, l’instinct animal qui réunit presque malgré eux un homme et une femme. Il peut être le fruit d’un viol ; être imposé par les meurs et coutumes d’un pays, etc. Tant de situations et de destinées apparemment bien différentes s’entrecroisent à toutes les époques. La vie a soif de transmettre la vie et ne s’embarrasse ni de biens ni de mal dans les moyens ! L’être qui naît est unique et porte en lui le germe de l’immortalité.

 

     Sous-jacent à ce niveau physique des phénomènes y a-t-il une autre réalité qui s’imbrique à celle-ci ? Tous les humains le pressentent et chaque civilisation a produit ses tentatives de compréhension de ce qu’est l’existence humaine, la vie sur cette terre. Toutes les traditions, les cosmogonies, les mythes fondateurs tentent d’en rendre compte.

Une âme en devenir, qui n’a pas atteint sa pleine maturité sinon elle n’aurait pas besoin de revenir sur cette terre pour continuer d’en apprendre les leçons, procède à son « réincarnement ». Ayant traversé le Bardo, cet entre deux entre une incarnation et une autre, elle complètera son apprentissage des leçons de chose de la terre pour faire retour à la Source de toute manifestation, enrichie d’une conscience ayant acquis sa plénitude.

     Cette âme, par sa partie terrestre dominante magnétisée à la terre, a désiré se réintroduire dans un corps physique par la voie matricielle. Au cours du voyage de l’âme dans l’entre-deux, elle a choisi plus ou moins lucidement ses parents, son conditionnement héréditaire, son conditionnement astrologique, en fonction des traumatismes de sa ou de ses vies « antérieures », avant de naître à nouveau. Elle a tissé un corps de chair, ou bien elle s’est trouvée enclose, liée, emprisonnée dans cette limitation. L’enfant qui naît est en effet limité par ce qu’il a lui-même contribué à produire par ses désirs d’ego qui ont déterminé son signe astrologique de naissance ; tout le cheminement va lui être donné par la vie pour qu’il prenne conscience qu’il n’est surtout pas cela, cette limitation temporelle et temporaire.

Un parallélisme étonnant  a été fait entre cette naissance et « la naissance au ciel » comme les Orthodoxes appellent la mort. Déjà, Djalal o din’ Rûmi notait que, pas plus que le fœtus plongé dans le liquide amniotique ne saurait imaginer le monde dans lequel il va être expulsé, pas plus le mourant ne peut imaginer le monde dans lequel sera assurée la continuité de sa Vie !

     Hélas, le traumatisme physique de la naissance est amplifié considérablement par le fait que l’âme s’incarne dans une société contre-nature. Pour lui qui n’est pas coupé de la Source, cela va être terrible, devoir se modeler à des parents qui ne sont plus reliés  à cette Source, le lus souvent.

     La décision de naître qui est la sienne est déjà par là-même une décision de connaître, de traverser, la mort du corps physique. Tout humain, arriver à terme, devrait être capable de prendre la décision de mourir, sachant l’heure venue. Autant le bébé doit faire effort, au moment des contractions utérines, pour sortir de son milieu ambiant, autant, dans la mourrance à traverser, le lâcher- prise est essentiel. Dans les deux circonstances, une lutte terrible se joue entre des contradictions qui génèrent beaucoup de souffrances.

Le long couloir qui enserre et expulse le bébé a son parallèle dans le couloir qu’emprunte l’âme au sortir de son véhicule terrestre. Nous savons actuellement que de la fécondation à la naissance, et ensuite, le bébé enregistre dans sa mémoire cellulaire, toutes les impressions qui lui viennent d’un milieu qui lui est encore étranger. Les récits de ceux qui vécurent une NDE montrent aussi que l’être humain en ces circonstances enregistre tout ce qui se passe autour du corps qu’il a temporairement abandonné.

     La délivrance se fait par la coupure du cordon ombilical. C’est de lui-même que le mourant doit couper le « cordon » psychologique qui l’attache à ses proches, à sa vie terrestre et le traumatisme est d’autant plus fort qu’il n’a pas su « mourir avant que de mourir ».

     Quittant le monde parfait des Anges, du Bardo, des Limbes – peu importe le vocabulaire employé, toujours limitatif – la projection dans ce monde dénaturé est un autre traumatisme. « C’est sa première rencontre avec un échantillon d’humains qui certes agissent en bons professionnels, mais sans lien d’amour. Le cordon est maintenant coupé et il découvre l’étrange condition humaine : la dissociation du corps et de l’esprit. Ces humains ont tous l’étonnante et inconcevable faculté d’être présent avec leur corps et ailleurs avec leur tête.[1] » Il se sent devenir « objet » ! Objet de soins, d’attentions uniquement matérielles, de captation par les parents et la famille. Il est dans un univers d’imperfection et subit l’amour conditionnel de parents qui ignorent tout de lui.

    Le mourant, lui, constate l’imperfection dans laquelle son existence s’est déroulée et souffre de maints regrets qui empêche le lâcher-prise et de partir vers la Claire Lumière dans un monde où l’Amour est inconditionnel.

 

     C’est, dit un dicton picard, « lorsque les fontanelles se ferment, l’enfant se coupe des anges ». Les anges, ce sont des énergies, célestes cependant, personnalisées par des formes humaines jeunes, belles et pourvues d’ailes. Le bébé va oublier apparemment son origine « extra-terrestre », si l’on peut dire, buvant à la source de l’oubli suivant l’imagerie ancienne. En complète dépendance de ses parents pour sa survie corporelle, le petit d’homme fait d’eux des êtres idéaux avec qui il désire plus que tout vivre en symbiose. D’eux essentiellement dépendent toutes ses joies, ses bonheurs, ses frustrations, sa survie existentielle physique, psychologique et mentale. Il n’a aucune conscience séparative, surtout par rapport à la mère, d’autant plus si celle-ci allaite comme il est naturel, mais maintenant bien trop rare encore, de faire. Il ne subsiste qu’uni à ceux qui sont tout son univers sensuel, tout comme l’Homme Premier ne pouvait exister qu’unit au cosmos.

C’est évidemment à la maman que ce bébé est le plus attaché par nécessité biologique. L’attachement au père dépend beaucoup plus de la qualité de sa présence à la mère durant toute la durée de la grossesse, et au couple mère-enfant ensuite. Père, mère, enfant forment une trinité humaine dans laquelle chacun joue un rôle ; idéalement une unité-trine alors que le couple est une unité duelle, du moins devrait-il tendre à l’être. Tant que l’unité n’existe pas ou ne se réalise que par intermittence, tant qu’elle n’est pas plénière, il y a des manques qui induisent des malaises, des souffrances, voire des traumatismes, chez les uns et/ou les autres.

     Chaque être humain qui naît est à un degré de son évolution sur cette immense échelle de Jacob qui va du quasi animal au quasi divin, voire au divin, en passant par un nombre indéfini d’états d’être. Rien de plus erroné que la vue égalitaire mentale actuelle qui projette une uniformité, caricature d’unité qui commence déjà par le respect des complémentarités. Quelle diversité apparente dans l’humanité ! Pourtant la condition humaine fondamentale est la même, intrinsèquement, et cela à toutes les époques.

 

     Tout ce qui se passe dès le début de la fécondation est enregistré dans la mémoire cellulaire de l’embryon d’abord, du bébé ensuite, pour le meilleur ou pour le pire. Ceux qui, par les diverses techniques actuellement connues, remontent dans cette mémoire cellulaire découvrent des traces étonnantes de leur vie de bébé, de leur vie d’embryon, qui explicitent leurs difficultés existentielles et leur permet de les dépasser lorsque cela est fait à point nommé, dans la maturité et non par simple curiosité. Ceci ne doit être entreprit qu’en juste temps pour ne pas ajouter aux traumatismes passés, avec des guides extrêmement qualifiés non seulement sur le plan technique, mais sur le plan de la conscience de tout ce que peut entraîner ce processus. Ils doivent être à un haut degré d’évolution. Durant les mois de grossesse et durant quelques mois encore, l’âme peut décider de quitter ce corps s’il étouffe par trop dans le milieu qui est le sien. Ces affirmations peuvent paraître scandaleuses au regard des croyances occidentales actuelles, mais elles sont admises dans maintes tribus sur terre, qui acceptent sans état d’âme le jeu de la vie tel qu’il est.

     Comme l’arbre est programmé dans la graine, la croissance, le renouvellement des cellules physiques puis leur dégénérescence sont programmés dans un corps physique qui est transitoire, appelé à être restitué à la matière lourde, alors que l’esprit sera restitué à l’esprit, tant que la dualité n’est pas dépassée. Sinon ce corps se transmute en Corps Conscient, dit encore Glorieux, c’est-à-dire à la Gloire de laVie, comme ce fut pour Christ ; et ‘le tombeau est alors, comme il fut dit, exempt de cadavre. Du berceau au tombeau, l’apparence de notre forme ne cesse de changer, au point qu’on ne se reconnaît pas parfois dans des photos anciennes. C’est d’instant en instant que meurent et se renouvèlent les cellules jusqu’à la mort physique par vieillissement, par maladie ou par traumatisme.

L’heure, le jour et le lieu de la naissance signent un conditionnement astral par le signe zodiacal de la naissance, l’ascendant, la place des planètes dans les maisons, en fonction des traumatismes des existences antérieures qui forment une unité de vie pour celui qui naît de nouveau. Un astrologue ne peut intervenir qu’à son niveau de compréhension et ses dires sont ainsi limités à ce qu’il est. Remarquons qu’un certain nombre de planètes sont encore à découvrir et à intégrer pour correspondre complètement aux structures de la manifestation.

     De même, toute une programmation ancestrale impose des caractères physiques et moraux, des aptitudes et des inaptitudes qui conditionnent en grande partie une destinée pour une part choisie, pour une autre subie. Comme le petit d’homme voit très vite la mémoire de ce qu’il était avant de naître submergée, étouffée, niée par l’éducation familiale et sociale, le fait de subir prédomine. A ces deux conditionnements de départ se surajoute en effet celui de l’éducation familiale et sociale dans le milieu ambiant, sonorité de la langue maternelle en tout premier. Ce milieu peut être encore conscient de la Tradition, ou bien, comme c’est le cas le plus souvent actuellement, en être totalement coupé. Très souvent ses aspirations intérieures, son instinct qui le porte à voir la magie du monde des formes, qui pour lui ne sont pas toujours fixées, sont contre-carrés violemment par le milieu ambiant qui le ramène, et c’est aussi très heureux, aux choses concrètes de son milieu naturel. Le petit d’homme s’enracine ainsi dans son monde terrestre par l’imitation ; le mimétisme le pousse à reproduire le comportement parental, mais avec des crises d’affirmation de soi par opposition à ce qui va contre son plaisir d’ego. Langues, mœurs, religion, coutumes vont être des outils et des limitations à dépasser pour réaliser l’ultime programmation qui conduira tôt ou tard - après de nombreuses réincarnations si nécessaire - ce petit d’homme à retrouver et à développer en lui le germe d’immortalité qui est sa véritable part de vie.  L’atome-germe insécable, indestructible, porteur de l’humain véritable est contenu dans l’humain, cette entité qui dit « moi je ».

      Par son origine non humaine, par ses conditionnements terrestres, chaque être humain est unique et est appelé à participer à l’Unité du Tout, qui n’est pas l’uniformité, mais allie ensemble dans l’harmonie des indivi-dualités muent uniquement par l’Energie-Amour à l’Origine de la création les mondes. La terre est le monde des formes, éphémères, transitoires, toujours en perpétuelles mutations. S’attacher à sa forme, s’identifier à elle est l’erreur commune qui se doit d’être dépassée.

 

     Le temps de la petite enfance est celui du jeu, de la découverte du milieu ambiant dans lequel il est venu au monde. L’ enfant se joue de tout, il croit et fait croire à l’existence et à l’importance de ses jouets. Il lui faudra, après un long parcours, découvrir le véritable « Jeu des Enfants », celui du sage qui joue tout sans se fourvoyer et fourvoyer les autres dans les jeux des humains, dans la multiplication des imageries et des formes, sachant ce qui est illusoire, ce qui est illusion et ce qui est réel.

     Les événements de l’existence apporteront au petit d’homme le moyen d’expérimenter nombre de situations, sinon toutes ; encore faut-il que toutes les notions apprises, les conditionnements sociaux ou familiaux, les interdits religieux, ne l’empêchent pas d’oser suivre le Flux de l’Energie de la Vie qui le porte naturellement. Tous les refus du pulsif de vie induisent malaises et maladies ; leur utilité est justement de ramener l’être dans le bon sens, celui de ce flux qui coule de Source. L’individu n’est qu’une unité relative et fragmentaire qui n’accomplira sa vocation en s’ouvrant au-delà de lui-même, d’abord sur la totalité de la manifestation où il a son rôle à tenir, et même au-delà…

 

Le principal refus est celui de sa condition de mortel ! Soit il n’y veut pas penser, soit il cherche le chemin vers un devenir qui inclut l’Immortalité.

Mortel nous sommes ! Non pas dans notre essence ! Seulement sur le plan du corps physique qui n’est que l’un des « corps » qui composent un humain. Comme des poupées russes sont les corps astral ou éthérique, mental, causal ; sans oublier notre corps de rêve !

Nous sommes des êtres de passage sur cette terre. Vérité d’évidence que le « rêveur » s’efforce d’oublier pour son plus grand malheur alors qu’il est si beau de le reconnaître. Lorsqu’un être se trouve aux portes de la mort, en difficulté de santé, il peut se faire un sursaut et la personne, fortifiée par l’épreuve, pourra accéder à une continuité de vie. Si l’heure est venue du « désincarnement », il est meilleur que celui-ci se produise dans la douceur, dans le lâcher-prise, dans la paix et dans la conscience, sans souffrance. Lorsque la vibration du nom de la personne est émise très distinctement elle agit sur la matière sensible. Son souffle est rendu à la vie, à l’esprit et la mort ne touche que le corps physique qui sera restitué à la matière.

 « Si vous ne savez pas Vivre,

 “Lui le Vivant” vous aidera à vivre.

  Si vous ne savez pas mourir,

  “Lui le Vivant” vous aidera à mourir.

   Lui, le Seigneur, vous connaît comme Vivant,

   car c’est ainsi qu’Il vous a fait.[2]»



[1]  Lydia Muller, « Les sept étapes de la mourance. Un accouchement en fin d’existence ? », Revue 3e Millénaire.

[2] Platon le Karuna, Le Livre Précieux de la Vie et de la Mort, Editions de la Promesse, « Prière pour le moment de la mort ».

 

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