DE L'IMPUISSANCE DE L'AUTORITE INADAPTEE A LA HAINE

Publié le par Tournys

L’autorité impuissante et stérile génère la haine

 

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Le « périmètre de sécurité » et l’enfermement 

 

L'un des premiers points que l'individu, comme la collectivité, doit préserver à tout prix, c'est son périmètre de sécurité, son espace vital protecteur. Réduire ou comprimer cette bulle est une agression insupportable qui entraîne une réaction violente. Cette bulle est d'abord physique et l'entassement dans des tours, la promiscuité familiale dans des logements trop petits, la surcharge des classes dans les écoles, les bousculades dans les escaliers et dans les cours de récréation génèrent inévitablement une violence physique à laquelle répond la violence répressive. La violence relationnelle s'en suit donc inévitablement.

La peur d'un avenir inexistant ajoute à cela une souffrance mentale. A la turbulence naturelle de la jeunesse, l'ordre établi répond par des structures inadaptée, contraignantes et par une autre sorte de violence. Le professeur exerce lui aussi, on ne le dit pas assez, des violences qui pour être légales, n'en sont pas moins déstructurantes. Il y a celles des programmes à étudier, celles des horaires inadéquats, celles des conditions matérielles que le professeur accepte bon gré mal gré, mais aussi la violence verbale dont il use, la violence des notes, des appréciations couperets sur les bulletins scolaires etc. Les châtiments corporels sont interdits, restent les punitions, les remarques blessantes, ironiques, voire la mise au ban de la communauté qu'est une classe. Et cela marque aussi terriblement.

 

 

Les réactivités

 

Frustrés dans des aspirations qu'ils ne savent pas formuler ou qu'ils croient irréalisables, les adolescents, les jeunes des banlieues, rejettent la faute sur les représentants d'une société qu'ils perçoivent comme uniquement répressive et s'en prennent alors à la police, voire même aux pompiers, aux enseignants, aux commerçants dont ils dévalisent les magasins à la première occasion, et même à ceux qui sont aussi démunis qu'eux, vendeurs de pizza, jeunes d'une autre bande, d'un autre quartier, d'une autre ville. N'étant pas capable de rechercher en soi les causes profonde des difficultés où il est plongé, n'étant pas capable de s'en prendre à soi-même et de rompre l'engrenage de la marginalisation, l'être va s'en prendre à un bouc émissaire extérieur sur lequel reporter sa haine. Il n'y a en fait rien d'autre que la défense de sa survie par tous les moyens. L'être humain devient agressif dès qu'on pénètre dans son périmètre de sécurité, dans sa bulle, dans son territoire. Ayant continuellement à se défendre de l'extérieur, il y a une juste protection nécessaire, mais qui ne nécessite ni agressivité, ni violence, ni haine de l'autre. La vigilance nécessaire, la conscience est à maintenir continuellement et l'obstacle, l'interdit est une aide pour cela.

 

 

Les tentatives de dialogue

 

Le dialogue est le plus souvent utilisé comme moyen détourné plus subtil pour réduire l'autre à son point de vue. La participation des délégués des élèves aux conseils de classe et d'établissement frise l'abus de confiance. Les élections sont orientées plus ou moins grossièrement, marginalisant les meneurs, les contestataires, les insoumis. Ceux qui auraient quelques velléités de changement se heurtent aux impossibilité réglementaires, budgétaires, statutaires, aux coutumes. Ils découvrent très vite qu'on les utilise, qu'on les trompe et dans de nombreuses classes, il y a de plus en plus de difficultés à trouver des candidats à ce rôle de potiche sans pouvoir. Les parents, comme les enseignants, utilisent le dialogue pour détourner l'adolescent de ce qu'il sent être sa vocation, de ce qu'il a envie, de ce qui le motive pour lui faire avaler ce qui est considéré comme valorisant. Mais ce n'est pas un véritable dialogue, une disputation où deux êtres sont à égalité. C'est une manoeuvre sirupeuse pour convaincre à tout prix un chemin que l'adolescent sent bien ne pas être juste sans pouvoir convaincre des adultes mieux armés, buttés dans leurs certitudes et leurs préjugés. Les vocations sont ainsi tuées brutalement par le couperet de l'orientation ou plus subtilement par les vertus du dialogue.

 

 

Peut-on endiguer la vie ?

 

Trop fragiles pour résister aux pressions du système, les adolescents laissent s'étouffer en eux le pulsif de la vie et s'orientent tristement, à contre-coeur vers un métier qui ne leur correspond pas, ou bien vers la délinquance, la rébellion, la paresse ou la violence. L'abolition de toute hiérarchie véritable est très insécurisante. Plus personne ne sait, ne commande justement. Tout le système louvoie, va à vau-l'eau entre les écueils et plus personne ne connaît la route à suivre. Les professeurs, puis les inspecteurs et enfin les ministres consultent les élèves pour savoir ce qu'ils doivent faire ! On demande aux enfants malades mentaux comment ils voudraient que leur hôpital soit ! Pour, ensuite, ne jamais tenir compte de leur avis à cause des contraintes budgétaires, politiques, européennes, catégorielles... Démagogie et incompétence...Le seul but est de durer sans trop faire de vagues ...

Mais il y a toujours le dissident à l'intérieur de tout être humain et ce dissident par excellence, c'est la vie qu'on ne peut contraindre, qu'on ne peut endiguer, qu'on ne peut enfermer dans des programmes, des circulaires ministérielles, des artifices. La vie est une force qui, ne pouvant plus sortir naturellement pour produire le « bon sauvage », donne alors les « sauvageons » révoltés des banlieues. Le mythe du bon sauvage décrit ce que l'être humain peut être sur la terre dans une vie harmonieuse, idyllique, avec la nature. Las ! Les jeunes des banlieues ne sont pas des Paul et Virginie ! Les cités ne sont pas les îles du Pacifique ! Cependant, l'homme sensé, tout comme l'animal, défend son territoire et vit le plus possible une harmonie naturelle des rapports humains avec ses proches et une harmonie avec la nature, avec le terroir qui est le sien.

La vie est un risque. Il faut payer de sa personne en fonction du but que l'on poursuit, en fonction de ses ambitions ou de leur absence. Dans tous les cas, il faut toujours, d'une façon ou d'une autre, consciemment ou non, assumer les conséquences de ses actes et de ses paroles. La souffrance est inhérente au processus. Comme le dit l'Evangile, « celui qui veut conserver sa vie la perdra » et cela est déjà vrai très vite.

L'école, le collége, l'université maintiennent, par la discipline, l'oppression, les données de la haine en imposant l'enseignement des disciplines scolaires et universitaires par la loi, l'obligation, les programmes dans des formes rigides. Discipliner le mental certe est nécessaire mais suppose à un certain stade un consentement libre. Même les animaux enseignent à leurs petits ce qui est vital pour eux. Lorsque les parents délèguent ce rôle à la société, l'oppression dépasse de loin une juste et nécessaire coercition effectuée par des parents que l'enfant aime, respecte et auxquels il veut plaire. L'autorité n'est plus dans le sens juste du pulsif de la vie, elle n'est plus naturelle, consentie, mais au contraire subie, écrasante. L'embrigadement suscite le rejet. La polysémie des mots est révélatrice: discipline, embrigader (de brigand)

La société maintient sa cohésion factice en imposant ses normes. L'humanitarisme est une sorte d'orgueil qui pousse à vouloir aider les autres jugés incapables. On justifie cet humanitarisme destructeur par la sentimentalité (Haut les coeurs et haut-le-coeur !), la gentillesse, la fausse compréhension, l'appitoiement, qui maintiennent les infantilismes

 

 

De l’impuissance à la haine

 

L'impuissance des dirigeants devant la complexité grandissante des problèmes sociaux les amène à affirmer qu'on ne peut résoudre aucun problème, ce qui mène à la désespérance. On justifie la haine, on excuse la haine par l'histoire personnelle du haineux.

Jusqu'à un certain degré, la haine peut être une motivation naturelle qui pousse l'individu à agir, une pulsion motivante. Elle contient en germe des conséquences redoutables. Elle est toujours révélatrice d'un désir d'amour qui ne peut se réaliser et qui se sent trahit. Exacerbée par les médias qui détruisent systématiquement tout ce qui a encore une apparence de bon sens, elle se généralise comme une peste.

Parler de la drogue, du Sida, de l'inceste, des enfants battus, etc. sans mettre en oeuvre des contre-feux opératifs exacerbe tout cela, la contagion se heurtant à l'impuissance.

Cette haine se retrouve chaque jour en première page des journaux au travers de quantité de faits divers.

Les valeurs relatives sont enseignées et présentées comme absolues et le fruit de cette perversion va maintenir la haine.

La haine se maintient les fausses valeurs, les fausses hiérarchies qui empêchent le solutionnement des problèmes par leur incapacité et leurs prétentions.

Comment la culture de la haine, son idéologie, détruit l'individu et les individus, et ultimement tout ce qui va contre la haine (feu), tout ce qui pourrait aider les individus à détruire la haine ?

 

 

Cette idéologie construit la haine jusqu'à la haine de la haine qu’on ose appeler « amour » ! C'est alors par amour que l'on tue, que l'on massacre, que l'on extermine, que l'on met en place les répressions, les inquisitions.

Toute idéologie de l'être humain fonctionne comme cela, y compris les plus belles qui prétendent naïvement pouvoir sauver l'humanité. Tous ces idéologues ne se sauvent eux-mêmes et ils veulent sauver les autres !

Vous pouvez, ayant conscience de cela, faire le bien relatif pour rendre les choses plus agréables. Si vous faites écouter à quelqu'un Elvis Presley, vous lui faites moins de mal que si vous lui dites « deviens bouddhiste » ou « deviens chrétien » ! Ils prennent ce qu'ils veulent, ils se laissent bercer, ça lui fait du bien et si ça lui fait du bien, ça vous fait pas de mal ! Jouer avec votre extérieur pour le mieux être de votre extérieur.

 Si vous lui enseignez qu’il y a un qu’un seul dieu, le vôtre et que les dieux des autres,
c'est pas bien etc., vous l'amenez à être haineux et vous recevez cela en retour de bâton...

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Publié dans Initiatives actuelles

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